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LE LIEN URBAIN-RURAL PASSE AUSSI PAR LA FORÊT

 
 
Contexte
 
La thématique du lien urbain rural est prégnante aux échelons nationaux et régionaux, le dernier Congrès national des Communes forestières de juin 2018 à Montpellier et son colloque dédié à la thématique illustre l’importance que revêt ce sujet pour les élus du réseau des Communes forestières. En Auvergne-Rhône-Alpes, les acteurs forestiers, urbains, institutionnels s’emparent également du sujet avec de nombreuses manifestations, certaines y intégrant notamment la question de la forêt de montagne : 
- 1er Forum Métropole Montagne « Donner du relief, faire le lien »  (Métropole de Grenoble, 8 février 2018)
- Séminaire « Les liens entre forêt et villes » tenu en Chartreuse (ONF, Fédération des Parcs Naturels, 4 au 6 avril 2018)
 - Séminaire sur les territoires de Montagne (CEREMA, à Chamrousse, 14 et 15 juin), pendant lequel l’Union Régionale des associations de Communes forestières Auvergne-Rhône-Alpes est intervenue
-  Congrès National des Parcs à St Etienne les 10 et 11 octobre.
 
La qualité de vie urbaine est une préoccupation grandissante des métropoles et agglomérations. La qualité de l’air, de l’eau, de l’habitat via son architecture, la proximité d’espaces récréatifs paysagers sont autant de synonymes d’attractivité pour elles (en témoignent les rituels classements des villes où il fait bon vivre et travailler). 
 
La filière forêt-bois, élément de réponse aux défis métropolitains ?
 
Cette recherche permanente d’une meilleure qualité de vie urbaine est un enjeu de développement clef des territoires urbains qui doivent aussi porter les solutions de la transition énergétique. Peu à peu, les espaces forestiers limitrophes, et avec eux la filière forêt bois, gagnent à être reconnus comme éléments de réponse à ces préoccupations métropolitaines. 
 
Ainsi, de plus en plus de territoires s’interrogent et se mobilisent pour prendre en compte la filière forêt bois dans des mesures en lien avec l’adaptation au changement climatique, l’habitat (densification, rénovation thermique) et la qualité architecturale et paysagère du bâti et des espaces naturels récréatifs, la gestion des risques naturels, des pollutions et des nuisances, la sécurité et la salubrité des espaces publiques, la biodiversité et la protection des milieux naturels, etc.
 
Les leviers d’actions sont variés. Ils sont aussi bien économiques avec les effets directs des marchés de la construction et du bois énergie sur la demande en matériau bois, que réglementaires également avec les documents de planification territoriale (urbanisme, climat et énergie) amenés à évoluer pour une intégration plus fine de la forêt et sa multifonctionnalité .
 
Ces constats permettront sans aucun doute de faire effet levier sur l’amélioration du cadre de vie urbain et la dynamisation de la filière forêt bois. 
 
Cas d’étude : l’exemple de Bois des Alpes et Bois des territoires du Massif central
 
Dans l’espace Alpin et le Massif central, deux gisements forestiers régionaux stratégiques où se sont développées les certifications, cette interrelation ville-forêt de montagne est ancrée stratégiquement.
Travailler à la corrélation entre ressources locales et besoins des agglomérations est retenu tant dans les politiques de massifs nationales qu’européennes. 
 
C’est pourquoi positionner la forêt et sa multifonctionnalité et notamment l’enjeu consommation de bois certifié vers les aires métropolitaines est l’une des nombreuses passerelles qu’il est proposé de construire entre villes et montagne pour participer à : 
• la cohésion territoriale entre espaces urbains et espaces montagnards, 
• entraîner les espaces ruraux, montagnards dans la dynamique des pôles urbains adjacents, 
• organiser des flux plus équitables entre ces espaces en réponse à la réforme territoriale en cours et qui touche aussi nos territoires de montagne.
 
Des démarches territoriales fortes, où la forêt fait effet levier
 
Afin d’illustrer cet effet levier de la filière forêt-bois en réponse aux préoccupations métropolitaines, nous nous sommes penchés sur trois initiatives territoriales. Ces initiatives ont été impulsées suite à des questionnements différents mais toutes s’appuient sur l’interaction gagnant-gagnant entre territoires urbains et ruraux comme réponse à ces questionnements.
 
Contrat de Réciprocité entre la Communauté de Communes « Monts de Lacaune et Montagne du Haut Languedoc » et Montpellier Méditerranée Métropole
 
La Communauté de Communes « Monts de Lacaune et Montagne du Haut Languedoc » –territoire essentiellement rural- et Montpellier Méditerranée Métropole –grand pôle urbain- sont deux territoires avec des caractéristiques et des enjeux très différents notamment sur les questions de la filière forêt-bois. Ces deux territoires ont pu échanger sur leurs problématiques respectives et s’apercevoir qu’ils présentaient une certaine complémentarité dans les réponses envisagées.
 
Avec l’appui des Collectivités Forestières d’Occitanie, ils ont décidé de mettre en place un contrat de réciprocité car cet outil répondait de façon pertinente à leurs enjeux territoriaux en mettant en évidence la complémentarité de ces deux espaces. Une des principales étapes a été de bien comprendre les enjeux de chacun et d’envisager ce que l’espace urbain pourrait apporter au territoire rural, et inversement.  En effet, la condition de réussite d’une telle entreprise est qu’il existe un véritable rapport gagnant/gagnant sans ascendance d’un territoire par rapport à un autre. 
 
Le schéma ci-dessous illustre et synthétise les réflexions de cette étape clé :
 
Ainsi, le contrat de réciprocité traduit ces constatations en objectifs stratégiques, comme l’accompagnement de la structuration locale d’une filière bois dynamique et porteuse de développement. 
Ces objectifs sont développés en actions opérationnelles. Une des actions fortes menée dans le sens du développement de filière locale est la délibération prise par Montpellier pour systématiser l’étude d’une option bois dans tous les projets de construction dans la métropole et ainsi assurer, par l’utilisation de bois local certifié, la pérennisation d’emplois locaux et d’un tissu d’entreprises compétentes.
 
Stratégie inter territoriale inter-TEPOS (Isère) 
 
Fort du constat que les territoires dotés de stratégie locale de développement forestier œuvrent généralement de manière isolée bien que partageant globalement les mêmes enjeux, 6 communautés de communes iséroises se sont rapprochées afin de mutualiser la force de travail autour d’un même objectif : faire de la forêt et la filière bois un réel levier de développement territorial.
Cette démarche a été impulsée par les vice-présidents forêt et énergie de chaque communauté de communes. Cet ancrage politique affirmé est indispensable pour une bonne appropriation territoriale de la démarche. 
 
Elle a pour objectif de travailler à l’échelle de 3 massifs forestiers et de la région urbaine grenobloise et de réfléchir à l’avenir de la forêt et à l’adaptation des filières bois au regard du réchauffement climatique et des nouveaux enjeux liés à la transition énergétique.
Cette stratégie ne se veut pas réinventer le fonctionnement de la filière mais s’appuie au contraire sur les nombreux points de préoccupation partagés par les élus et acteurs forêt/bois : valorisation des ressources locales, mise en valeur des compétences professionnelles du territoire (ETF, scieries…), regroupement parcellaire…
 
La notion d’interaction ville-campagne parait incontournable dans l’élaboration d’une telle stratégie. Peuplée de 450 000 habitants, la métropole grenobloise a d’importants besoins, notamment en consommation énergétique ou en zones d’accueil du public, auxquels les territoires voisins peuvent répondre. Travailler de manière conjointe sur ces thématiques permettra de mettre en exergue toute la pertinence d’une approche inter-territoriale. Des fiches actions et une feuille de route commune sont en cours d’écriture et devraient être effectives dans un avenir proche.
 
Multifonctionnalité de la forêt du Grand Bois et protection de la ressource en eau potable pour la métropole de Saint-Etienne 1
 
La forêt du Grand Bois (735 hectares dans le Parc Naturel Régional du Pilat) est le plus grand des 5 massifs forestiers (1 131 ha en tout) appartenant à la ville de Saint-Étienne. En 1860, la ville de Saint-Étienne a acquis 240 hectares de terrains sur le bassin versant du Furan dans le but de capter 800 sources pour permettre son développement industriel, son alimentation en eau potable et protéger la ville des inondations (en plus de production de bois). C’est une véritable politique d'acquisition foncière de parcelles boisées qui a été menée depuis puisque Saint Etienne achète annuellement quelques 3 ha, la ville est passée depuis à 1100 ha. La gestion du patrimoine forestier de la ville est assurée par l'ONF. Les plans de gestion, qui engagent pour 20 ans la ville à renforcer ce lien entre l’eau et la forêt, affichent nettement les objectifs dans l'ordre prioritaire suivant : préservation de la ressource en eau, préservation de la biodiversité, production sylvicole, accueil des différents publics. L’aménagement forestier mis en place permet au massif de devenir rapidement un véritable filtre naturel garant d’une eau de qualité.

Différents outils ont été mis en place. Des outils réglementaires, comme les périmètres de protection qui s’appuient sur des contrats territoriaux dans lesquels la ville contribue financièrement pour faire évoluer les pratiques agricoles et notamment réduire les composés organiques totaux retrouvés dans l’eau. Ces règlements des périmètres de protection qui contraignent agriculteurs mais aussi les particuliers (interdictions de pratiques de loisirs) obligent ensuite la mise en conformité des documents d’urbanisme. La ville dispose aussi d'un droit de préemption dans l'emprise du périmètre rapproché. Enfin, les obligations propres à la conservation de la certification PEFC doivent aussi être remplies. Au fil des échanges de terrain avec les agriculteurs, un lien particulier a donc été établi, facilitant la démarche.
Des outils de gestion sont aussi déclinés dans les plans de gestion, comme avec l’entretien des canalisations du captage forestier (30km de drains sur 768 ha de forêt communale). La production de bois d’œuvre fait l’objet d’un suivi précis (surveillance accrue de la circulation, des travaux sylvicoles, des exploitations, de l’entretien des infrastructures routières, des activités récréatives). Les interventions en forêt sont anticipées. Les flux du public en forêt sont également accompagnés et maitrisés. Les équipements d’accueil sont ainsi localisés et dimensionnés, les véhicules motorisés de loisirs sont donc interdits et des missions de surveillance sont réalisées fréquemment. 
 
Enfin des mesures incitatives complémentaires sont à noter comme avec l'incitation à des pratiques d’agriculture biologique et l’introduction des repas bio dans les cantines scolaires en parallèle avec les circuits courts. 
 
Pour ce qui est de l’aspect économique et budgétaire, le bois finance la gestion forestière, l’accueil du public et les mesures environnementales. Cette démarche est en passe de devenir une véritable référence en termes de protection naturelle de la ressource en eau et de gestion multifonctionnelle durable. 
 
Ces initiatives présentent plusieurs points communs : la reconnaissance des services rendus par la forêt pour alimenter les projets structurants d’une collectivité en lien avec la transition énergétique, le développement économique, la reconnaissance de la notion d’interaction gagnant-gagnant et l’identification d’axes de travail sur lesquels peuvent s’instaurer une réciprocité et une complémentarité. Alors que la reconfiguration des territoires métropolitains se décante et qu’avec elle se refondent les stratégies urbaines et de transition énergétique, nous entrons dans une période décisive pour que les territoires prennent plus largement appui sur la forêt et la filière-bois, et notamment au travers de leurs outils de planification territoriale. 
 
1. Restitution proposée à la suite de la présentation au Séminaire « Les liens entre forêt et villes » tenu en Chartreuse (ONF, Fédération des Parcs Naturels, 4 au 6 avril 2018), Contacts : guillaume.sabot@onf.fr et valerie.chassignol@saint-etienne-métropole.fr
MENTIONS LEGALES